Carnet spécial : l'endométriose

L’endométriose ne prévient pas ! Vivre dans l’incertitude de la douleur... 14 juillet. Au bloc opératoire de la maternité de l’hôpital Pitié-Salpêtrière, le voile bleu qui nous sépare du personnel médical affairé autour du ventre de Séna Yolande, ma femme, laisse naturellement passer tous les sons.

Les bruits, mais aussi les voix. Et je n’oublierai pas celle de l’obstétricienne :

- Pronostic vital engagé, appelez le chef de service !

La césarienne d’urgence a pris une mauvaise allure. Assis au niveau du visage de Séna Yolande, j’essaie de lui apporter mon soutien par le regard. Mais la confusion me gagne.


Pronostic vital ? De qui parle t-on ? De ma femme ? Du bébé que je n’entends toujours pas ? Pendant un court instant qui semble durer une éternité, je ne sais pas. C’est le chaos émotionnel, j’imagine tout. Soudain, le corps de Séna Yolande, les bras en croix sur la table d’opération, part en convulsions. Je perds son regard. L’anesthésiste arrive dans mon dos et d’un mouvement vif et efficace, injecte une dose de produit. Les convulsions cessent, les yeux de ma femme se ferment.


- Venez avec moi, Monsieur.

Quelque peu chancelant, j’emboite le pas d’une sage-femme qui me fait sortir. Elle me guide jusqu’à une petite pièce et me présente ma fille. C’est le soulagement. Nous faisons connaissance. Désorienté, je fais de mon mieux pour l’accueillir, lui parler, la toucher, la rassurer. Lorsqu’on me tend un biberon, je comprends que Séna Yolande ne va pas nous rejoindre tout de suite. Je demande des nouvelles à la sage-femme qui reste vague : "on s’occupe d’elle".


Les heures passent. Nous attendons dans une chambre vide. Je reste éveillé, partagé entre la joie d’accueillir notre fille, la tristesse que Séna Yolande soit privée de ces précieux moments, la colère provoquée par cette injustice et la peur car nous demeurons sans nouvelles.


Séna Yolande arrive après 6 heures de flottement. Il est 3 heures du matin. Je lui tends sa fille. Dans la pénombre du couloir, le sourire qui s’illumine sur son visage efface tout. Nous sommes trois, ça y est. Lors de son passage dans la chambre le lendemain, le chef de service explique pourquoi l’endométriose a rendu la césarienne difficile.


- Avec les adhérences, vos organes avaient bougé dans le ventre. Nous avons dû traverser la vessie pour atteindre le bébé. Ils ne s’y attendaient pas. Auraient-il pu l’anticiper ? Je n’en suis pas certain. Avec l’endométriose d’ailleurs, on n’est certain de rien. Et si je devais résumer l’endométriose à un mot, ce serait bien celui-là : l’incertitude.


Car l’endométriose ne prévient pas ! Omniprésente, elle se manifeste parfois de manière inattendue, au moment où on ne l’attend pas toujours. Ce fut le cas à la naissance de notre fille et à des multiples autres occasions. L’endométriose ne prévient pas. Comme nous l’a dit une fois un médecin :


- C’est un peu comme si vous aviez un marteau au-dessus de la main, et vous ne savez pas quand il va frapper. Pour Séna Yolande, l’endométriose a frappé fort, plusieurs fois. De façon directe en engendrant des douleurs parfois insoutenables, ou indirecte en facilitant la propagation d’infections dans les zones touchées. Mais elle a frappé aussi par plus petits coups, au quotidien, de manière répétée, jusqu’à l’épuisement.


En tant que mari, elle m’a également frappé. L’endométriose et ses conséquences ont suscité chez moi une variété d'émotions.


Article écrit par Bastien MÉDARD

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